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Ce que les patrons de la tech refusent à leur enfant

Yaelle, en manteau de fourrure rose et lunettes en forme de cœur, tient un panneau d'interdiction barrant une puce IA au-dessus d'un adulte et d'un enfant, avec l'inscription « IA interdit aux moins de 25 ans », dans un décor vert, bleu et violet parsemé de nuages.

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Lundi matin, j’ouvre un carrousel anglais. Plus de 15 000 j’aime en deux jours. Neuf slides, les visages de Sam Altman, Peter Thiel et Mark Zuckerberg, et une question en gros caractères : « Ils veulent que vos enfants utilisent leur technologie. Mais qu’en est-il des leurs ? »

CE QU’ILS FONT, VRAIMENT

Le carrousel vient de Smartphone Free Childhood, un mouvement de parents britanniques. Il s’appuie sur une enquête du New York Times parue le 18 août, qui a rassemblé ce que les dirigeants de la tech disent en public de leurs propres enfants.

Mark Zuckerberg, le patron de Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp), ne veut pas que ses enfants restent longtemps devant une télé ou un ordinateur. En 2017, dans la lettre écrite à sa fille qui venait de naître, il lui souhaitait surtout de sortir jouer, de sentir les fleurs et de ramasser des feuilles.

Evan Spiegel, le patron de Snapchat, laisse quasiment zéro écran à son fils de 2 ans. Ses aînés n’ont pas de téléphone. Ce qu’il veut, ce sont des moments à lire, jouer et explorer dehors.

Peter Thiel, cofondateur de PayPal, limite ses jeunes enfants à une heure et demie d’écran. Par semaine. Quand il l’a raconté sur scène en 2024, la salle a réagi à voix haute.

Steve Chen, cofondateur de YouTube, ne veut pas que ses enfants regardent les Shorts (les vidéos courtes de YouTube, façon TikTok). Pour lui, des contenus courts, c’est une attention plus courte.

Et la liste est ancienne. Bill Gates n’a donné de téléphone à ses enfants qu’à 14 ans, jamais à table, et pas d’écran après une certaine heure. Le fils de 11 ans de Sundar Pichai, le patron de Google, n’avait pas de téléphone. Tim Cook, le patron d’Apple, ne voulait pas de réseaux sociaux pour son neveu. En 2010 déjà, Steve Jobs répondait à un journaliste que ses enfants n’avaient pas encore utilisé l’iPad.

Les deux corrections, pour être honnête avec toi : Tim Cook parlait de son neveu, pas de ses nièces comme l’écrivait le carrousel. Et la phrase de Sam Altman ne portait pas sur les écrans en général. Elle portait sur l’IA. C’est justement elle qui m’a arrêtée.

LE PASSAGE QUI M’A ARRÊTÉE

On a demandé à Sam Altman, le patron d’OpenAI, l’entreprise de ChatGPT, à quel âge il laisserait son fils parler à une IA. Sa réponse : il préfère être du côté tardif de ce qui est raisonnable. Pas du côté précoce. Pour l’instant, il veut surtout qu’il joue dans la terre.

L’homme qui a mis ChatGPT dans nos poches ne le met pas dans les mains de son enfant. Et ce n’est pas qu’une opinion. Les conditions d’utilisation de ChatGPT fixent l’âge minimum à 13 ans, avec l’accord d’un parent jusqu’à 18 ans. C’est écrit noir sur blanc, et rien ne vérifie vraiment cet accord. C’est donc à nous de le donner, ou pas.

LES TROIS QUESTIONS QUE JE ME POSE MAINTENANT

Mon avis, assumé : ce n’est pas de l’hypocrisie à dénoncer. C’est une information à prendre. Les gens qui connaissent le mieux ces produits, leurs algorithmes et leurs notifications posent des limites chez eux. Alors poser les nôtres n’a rien de ringard. C’est même plutôt bien informé.

1. Quelle règle colle à ma maison ?

Je ne copie pas tout. Ces familles ont des jardins, de l’aide, du temps. Une heure et demie d’écran par semaine, ce n’est pas un objectif réaliste pour tout le monde, et ce n’est pas grave.

Je choisis une seule de leurs règles. Pas de téléphone à table. Plus d’écran après une certaine heure. Des vidéos longues plutôt que courtes. Et je l’essaie une semaine, pour voir ce qu’elle change vraiment.

2. L’IA, à partir de quand ?

La règle d’Altman est la plus simple à retenir : plus tard plutôt que plus tôt. Pas jamais. Plus tard.

Quand le moment vient, une première fois à côté d’un adulte vaut mieux qu’une première fois seul sur un téléphone. On pose une question ensemble. On regarde la réponse. On cherche ensemble ce qui est faux dedans. J’en parlais dans mon enfant préfère croire Google plutôt que moi : ce qui protège, c’est le réflexe de vérifier, pas l’interdiction.

3. Qu’est-ce que je mets à la place ?

Retirer un écran laisse un vide. Et ce vide a un nom que les patrons de la tech prononcent avec respect : l’ennui. L’enquête du New York Times le résume ainsi, chez eux, l’ennui est exalté.

Un enfant qui s’ennuie n’est pas un enfant qu’on a raté. C’est un enfant qui est sur le point d’inventer quelque chose. Des livres à portée de main, un jeu de société sur la table, la porte du jardin ou du parc : c’est exactement ce que Spiegel et Zuckerberg décrivent pour les leurs.

CE QUE ÇA CHANGE

Dans un mois, tu auras testé une règle, une seule. Tu sauras si elle tient chez toi. Et la prochaine fois qu’on te fera sentir ringarde parce que ton enfant n’a pas encore de téléphone, ou pas encore d’IA, tu auras une liste de noms à citer.

L’enquête originale est sur le site du New York Times, et le carrousel de Smartphone Free Childhood m’a mise sur la piste. L’âge minimum est dans les conditions d’utilisation d’OpenAI.

Et le dimanche après-midi, quelqu’un s’ennuie. Tant mieux.

Chez toi, c’est quelle règle qui tient ?

Tu décides, l’IA exécute.

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