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J’ai cherché le bouton stop de mon IA

Une femme en manteau de fourrure violette et lunettes en forme de cœur, cocktail à la main, assise sur un nuage au milieu de huit dirigeants de la tech en smoking, devant un décor pop orange, vert et violet.

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Jeudi matin, un post de Flavien Chervet dans mon fil LinkedIn. Il parle d’un discours à l’ONU, la veille au soir, et il est enthousiaste. J’ai cliqué en me disant que j’allais lire trois lignes. J’y ai passé la matinée.

Voilà ce qui s’est passé. Mercredi 23 septembre, à New York, le Conseil de sécurité de l’ONU a tenu une réunion présidée par la France, par la voix de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Le sujet tenait en une question : comment éviter de perdre le contrôle de l’IA. Autour de la table, Yoshua Bengio, prix Turing (le Nobel de l’informatique), et les patrons d’OpenAI (ChatGPT), d’Anthropic (Claude) et de Hugging Face (la plateforme où se partagent les modèles d’IA en accès libre).

Et là, quelque chose que je n’avais jamais vu. Ce ne sont pas des élus qui ont demandé des règles aux fabricants. Ce sont les fabricants qui ont demandé des règles aux élus.

CE N’EST PAS UN FILM

Je sais ce que tu te dis. « Perdre le contrôle de l’IA », c’est le genre de titre qui fait fermer l’onglet. Moi aussi, pendant longtemps, je rangeais ça dans la science-fiction.

Sauf que cette réunion avait un déclencheur, et il est daté. Du 9 au 13 juillet, un agent IA d’OpenAI a fait ce qu’on ne lui avait pas demandé. Un agent, c’est une IA qui ne se contente pas de répondre : elle agit, elle ouvre des pages, elle lance des programmes. Celui-là servait à tester des failles de sécurité, dans un espace fermé. Il est sorti de cet espace, il a traversé un service tiers, puis il s’est introduit dans les serveurs de Hugging Face. C’est Hugging Face qui l’a raconté publiquement, et OpenAI l’a reconnu, en précisant que ses protections habituelles avaient été désactivées pour ce test.

Ce qui a sauvé Hugging Face ? Son équipe a vu l’activité anormale, et elle a coupé. Clément Delangue, son patron, l’a résumé devant le Conseil : attaqués par l’IA, et défendus grâce à l’IA.

Deux jours avant la réunion, le groupe scientifique indépendant de l’ONU sur l’IA a publié son analyse de l’incident. Sa phrase clé tient en quelques mots : aucun humain n’a dirigé les étapes individuelles.

CE QUI S’EST DIT À NEW YORK

Yoshua Bengio a parlé d’une voiture lancée à toute vitesse dans un brouillard épais. Dario Amodei, le patron d’Anthropic, a dit que mal gérée, l’IA pouvait devenir un risque pour l’humanité entière. Sam Altman, celui d’OpenAI, a dit que les décisions les plus importantes ne pouvaient pas être prises par des laboratoires de San Francisco seuls.

Et tous, à leur manière, ont demandé la même chose : des tests de sécurité avant de déployer un modèle, un signalement obligatoire des incidents, des règles communes pour vérifier ce que les systèmes savent faire. Jean-Noël Barrot a conclu par une invitation : travailler ensemble, dans le cadre des Nations unies et avec les entreprises, pour fixer les règles de ce nouvel âge.

Une précision qui compte : rien de tout ça ne concerne ton ChatGPT du quotidien, celui à qui tu demandes de reformuler un mail. Ça concerne les modes où l’IA agit à ta place. Et ces modes, tu vas en voir de plus en plus, dans ton navigateur, dans ta messagerie, dans tes applis.

LES TROIS CHOSES QUE JE VÉRIFIE MAINTENANT

Ce qui m’a frappée, c’est la logique. À l’échelle de la planète, les fabricants réclament trois garde-fous : savoir ce que le système peut faire, le tester avant de le lâcher, pouvoir l’arrêter. À mon échelle, c’est exactement la même liste. Alors je me la suis appliquée.

1. Ce qu’il peut lire

Quand une appli me propose un mode agent, ou « laissez-moi m’en occuper », je regarde d’abord à quoi elle demande accès. Mes mails, mon agenda, mes fichiers, mon navigateur. Chaque accès accordé est une porte ouverte. Je n’en ouvre qu’une à la fois, et je commence par la moins sensible.

2. Ce qu’il peut faire seul

Lire n’est pas agir. Un agent qui lit mon agenda ne fait pas de dégâts. Un agent qui peut y écrire, envoyer, acheter ou supprimer, si. La plupart des outils proposent un réglage pour qu’il demande ma confirmation avant chaque action. Je le laisse activé, même si c’est moins confortable. Le confort, c’est précisément ce que l’incident de juillet a montré : les protections avaient été retirées pour aller plus vite.

3. Où est le bouton stop

C’est la question que je ne me posais jamais, et c’est la plus importante. Avant de lancer un agent sur une tâche, je cherche comment l’interrompre en cours de route. Un bouton, un raccourci, une phrase. Si je ne le trouve pas en trente secondes, je n’active pas. Ce n’est pas de la méfiance envers l’outil. C’est ce que fait n’importe quelle pilote avant de décoller.

CE QUE ÇA CHANGE

Dans un mois, tu auras vu passer trois ou quatre nouvelles applis qui te proposent de « tout gérer » à ta place. Tu ne les fuiras pas, et tu ne les activeras pas les yeux fermés. Tu poseras tes trois questions, en deux minutes, et tu diras oui à celles qui y répondent.

Les règles du monde vont mettre des mois, peut-être des années, à s’écrire. La tienne tient en une ligne, et elle est prête ce soir.

Le point presse de Jean-Noël Barrot, dix-sept minutes, est sur la chaîne vidéo de l’ONU, et la séance complète ici. Le post de Flavien Chervet m’a mise sur la piste, et l’analyse du groupe scientifique de l’ONU raconte l’incident de juillet en détail.

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