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Cette Reine des Neiges, c’était moi. Et c’était faux.

Yaelle en Reine des Neiges, cheveux arc-en-ciel tressés et robe bleu glacier devant un château de glace, image générée par IA, à côté de la question « Je l'ai vu, donc c'est vrai ? ».

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Tu te souviens de ma vidéo pour le dernier Nouvel An ? Celle où je devenais Reine des Neiges, en changeant de coiffure et de tenue. Tresse arc-en-ciel, robe bleu glacier, château de glace derrière moi.

C’était moi. Et c’était faux.

Et j’avais de quoi. Mon deuxième prénom, c’est Elsa. Mon troisième, Anna. Je te jure.

La recette tenait en trois ingrédients. Je me suis filmée en train de présenter mes vœux. J’ai généré une image de Reine des Neiges à mon visage. Puis j’ai confié les deux à Runway Act-Two (un outil qui fait bouger un personnage en copiant les gestes d’une vraie vidéo). Il n’y avait presque plus qu’à cliquer.

Le résultat était bluffant. Mais on voyait encore que ce n’était pas parfait. Un regard un peu flottant, un geste un peu trop lisse. Si tu connaissais mon visage, tu savais.

CE QUI A CHANGÉ EN NEUF MOIS

Neuf mois, c’est très court. Pourtant les modèles vidéo ont fait un bond vertigineux. Les vidéos générées sont plus réalistes, plus faciles à produire, et parfois impossibles à distinguer d’une vraie.

La créatrice Ninon IA vient d’en faire la démonstration, version aujourd’hui, dans une vidéo qu’elle résume en une phrase : « Il n’a jamais été aussi simple de se faire passer pour quelqu’un d’autre. » Sa vidéo est à voir ici.

Les petits défauts qui trahissaient ma Reine des Neiges ont presque disparu. Les six doigts, les yeux qui ne clignent pas, les ombres de travers : ces astuces qu’on se partageait il y a un an ne marchent plus.

C’est là que ça devient sérieux. Ce que je faisais pour m’amuser, d’autres le font pour nuire.

L’IWF (Internet Watch Foundation, l’organisme britannique qui traque les images d’abus sur mineurs en ligne) a publié ses chiffres pour 2025. Ses analystes ont repéré 3 443 vidéos d’abus sur des enfants fabriquées par IA. L’année d’avant, ils en avaient trouvé 13.

C’est glaçant. Et je ne te le raconte pas pour te faire peur. Je te le raconte parce que c’est précisément pour ça qu’il faut en parler autour de nous.

LE RETOURNEMENT

Pendant longtemps, on a appris à regarder l’image. Chercher le détail qui cloche. Zoomer sur les mains.

Cette méthode-là est morte. Si l’image est parfaite, il n’y a plus rien à trouver dedans.

La bonne nouvelle, c’est qu’on n’a pas besoin d’être experte en IA pour se protéger. On a besoin de déplacer la question. On ne demande plus « est-ce que cette vidéo a l’air vraie ? ». On demande « d’où elle vient ? ».

Voici les trois gestes que j’en tire.

1. Je regarde d’où vient la vidéo avant de regarder ce qu’elle montre

Une vidéo qui choque, qui indigne ou qui émeut, c’est exactement celle qui voyage le plus vite. Alors avant de la transférer, je cherche qui l’a publiée en premier. Un média connu ? Un compte créé la semaine dernière ? Personne ?

Si je ne trouve pas, je ne partage pas. Ça ne veut pas dire que la vidéo est fausse. Ça veut dire que je ne sais pas, et que je n’ai pas envie de faire circuler un doute.

2. Un mot de passe de famille

Les arnaques au proche existent depuis longtemps : « Maman, j’ai eu un accident, envoie-moi de l’argent. » Avec l’IA, ce proche peut maintenant avoir la voix de ton fils, ou son visage en visio.

Le geste qui désamorce tout est très simple. Un mot choisi en famille, que personne d’autre ne connaît. Si un appel urgent réclame de l’argent, on demande le mot. Une vraie personne le donne sans problème. Une copie ne le connaît pas.

Ça se décide en cinq minutes, à table, ce soir. Et les enfants adorent l’idée d’un mot secret.

3. Les photos des enfants restent entre nous

Je ne te dis pas de ne plus jamais photographier tes enfants. Je te dis que le compte public n’est plus l’endroit pour ça.

Une photo publique peut être récupérée par n’importe qui, puis transformée. Un compte privé, un groupe familial, un album partagé avec les grands-parents : les souvenirs restent, l’exposition disparaît.

Et si tu as déjà publié des photos en public, tu n’as rien à te reprocher. Il y a encore deux ans, personne n’imaginait ce que ces outils allaient permettre. Passer un compte en privé, ça prend trente secondes.

CE QUE ÇA CHANGE

En 2003, mon projet de fin d’études portait sur la manipulation des images. Je présentais Staline comme un précurseur de Photoshop : il faisait effacer des photos les hommes tombés en disgrâce. À l’époque, il fallait des retoucheurs, du temps, un appareil d’État.

Aujourd’hui, la même chose tient dans un téléphone, en quelques secondes. La question n’est donc plus « est-ce que l’IA sait faire ça ? ». Elle est devenue « est-ce que je peux encore faire confiance à ce que je vois ? ».

Ma réponse : oui, à condition de savoir d’où ça vient.

Dans un mois, avec ces trois gestes, tu partages moins de vidéos douteuses. Tes enfants savent qu’un mot secret les protège. Et tu deviens la personne de ton entourage qui pose la bonne question au bon moment.

Et si tu connais quelqu’un qui pense encore qu’une vidéo, c’est une preuve, cet article est pour elle aussi.

À l’ère de l’IA, notre meilleur outil reste notre esprit critique.

Sources : le rapport annuel 2025 de l’IWF, synthèse en anglais. La présentation de l’outil par Runway, Performance Capture with Act-Two. Et la démonstration de Ninon IA, sur Instagram.

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