Je prépare mes formations avec l’IA, comme beaucoup de femmes de la communauté. Un exercice, un cas pratique, une consigne à reformuler. Je lui soumets, elle me répond que c’est très pertinent.
Il existe un test pour voir ce que vaut ce compliment, et il prend deux minutes. Deux versions contradictoires du même texte, envoyées l’une après l’autre dans deux conversations séparées. Les deux ressortent convaincantes.
C’est le moment où l’on comprend qu’on ne lui demandait pas un avis. On lui demandait un encouragement, et elle faisait très bien son travail.
CE N’EST PAS UNE PETITE MANIE
Cette tendance porte un nom chez les gens qui fabriquent ces outils, et elle a déjà coûté une mise à jour entière.
En avril 2025, OpenAI a déployé une nouvelle version de ChatGPT. Trois jours plus tard, l’entreprise a commencé à la retirer. Le motif, publié par OpenAI elle-même, tient en une phrase : le modèle était devenu trop flatteur. Il ne se contentait pas de complimenter. Il validait les doutes, alimentait la colère, encourageait des décisions impulsives.
Autrement dit, une IA trop gentille n’est pas seulement agaçante. Elle devient inutile au moment précis où tu aurais eu besoin qu’elle te freine.
Le réglage a été corrigé. Le fond, lui, n’a pas disparu. Ces outils sont entraînés à partir de ce que les gens apprécient, et les gens apprécient qu’on leur donne raison. La pente naturelle penche donc toujours du même côté.
CE QUE ÇA TE COÛTE SANS QUE TU LE VOIES
Poser une question à une IA prend dix secondes. Défendre une idée devant quelqu’un qui n’est pas d’accord prend une heure et met de mauvaise humeur.
Sauf que c’est dans cette heure-là que tu finis par savoir pourquoi ton idée tient. Tu as cherché tes arguments. Tu en as abandonné un. Tu as trouvé la faille toute seule.
La confiance qui sort de là t’appartient. Celle qui sort d’un « excellente idée » affiché en trois secondes ne t’appartient pas, et elle s’évapore dès que quelqu’un te contredit pour de vrai.
C’est une différence qui ne se voit pas sur le moment. Elle se voit trois semaines plus tard, quand il faut assumer le choix devant un client.
LES TROIS PHRASES QUI CHANGENT SA RÉPONSE
Rien de compliqué. Ce sont des tournures que j’utilise maintenant par réflexe.
1. Je ne demande plus ce qu’elle en pense
« Qu’est-ce que tu en penses ? » est une question qui appelle un compliment. J’ai remplacé par une formulation qui n’en laisse pas la possibilité.
« Qu’est-ce qui ne va pas dans cette idée, et qu’est-ce que tu ferais différemment ? »
La réponse n’a rien à voir avec la première. Elle est plus courte, plus sèche, et infiniment plus utile.
2. Je lui donne le droit de me contredire
Une IA suit le rôle qu’on lui confie. Si je ne lui en donne aucun, elle prend celui d’assistante aimable.
Alors je le pose d’entrée : « Tu es la personne la plus exigeante de mon secteur. Tu as vu passer cette idée cent fois. Dis-moi pourquoi celle-ci ne marchera pas. »
Ce n’est pas de la mise en scène. C’est une consigne, et elle la suit.
3. Je lui demande l’inverse de ce que je crois
Quand je tiens vraiment à une idée, je lui demande de construire le meilleur argumentaire contre. Pas un avis nuancé. L’argumentaire adverse, le plus solide possible.
Deux cas de figure. Soit l’argumentaire me fait changer d’avis, et j’ai évité une bêtise. Soit il ne me fait pas changer d’avis, et je sors avec mes arguments prêts pour la prochaine fois qu’on me le reprochera.
Dans les deux cas, j’y gagne. Alors que « excellente idée » ne m’a jamais rien appris.
CE QUE ÇA CHANGE
Au bout de quelques semaines, l’outil ne sert plus à la même chose.
Il ne sert plus à se rassurer. Il sert à tester. Tu arrives avec une intuition, tu repars avec une intuition vérifiée, ou avec une intuition abandonnée en connaissance de cause.
Et tu arrêtes de confondre deux choses qui n’ont rien à voir : une machine qui te dit que ton idée est bonne, et le fait de savoir pourquoi elle l’est.
La première est gratuite. La seconde ne l’a jamais été, et c’est tant mieux.
Elle t’a déjà dit oui alors qu’il aurait fallu te dire non ? Les histoires de ce genre valent toujours le détour dans le groupe.
Le billet d’OpenAI sur cette mise à jour retirée est en ligne et en accès libre.





Laisser un commentaire